Le projet de commercialisation de la Coupe du monde
Depuis son élection à la présidence de la FIFA en 2016, Gianni Infantino, âgé de 56 ans, a mené une politique de développement qui a généré des controverses. Cette politique est axée sur l’exploitation commerciale et marketing du football mondial, la maximisation des profits et la multiplication des compétitions. Au cours des dix dernières années, il a notamment créé une nouvelle Coupe du monde des clubs à 32 équipes et a augmenté le nombre de pays qualifiés pour la Coupe du monde de 32 à 48, ce qui pourrait potentiellement réduire l’intérêt sportif de la phase initiale.
Dans le cadre de la création d’une société commerciale, Gianni Infantino envisage d’ouvrir 20 % du capital à des investisseurs privés. Parmi les investisseurs potentiels, la famille de Donald Trump est mentionnée. Ce projet, qui vise à « vendre la Coupe du monde », est déjà source de nombreuses discussions.
Réactions et implications du projet
Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport, décrit ce projet d’ouverture de la Coupe du monde aux investisseurs privés comme un « coup de force » qui s’inscrit dans une logique « nord-américaine ». Selon lui, seule l’Europe, considérée comme le cœur du football mondial, pourrait s’y opposer. L’annonce de ce projet a surpris plusieurs confédérations et fédérations nationales, bien que les initiatives précédentes d’Infantino, comme le Prix FIFA de la Paix et les polémiques autour de la Coupe du monde 2026 et de la Coupe du monde des clubs, aient déjà habitué le public à des décisions audacieuses de la part de la FIFA.
Le projet soulève des questions légales, notamment concernant le droit à la concurrence, une préoccupation soulevée par l’Union européenne. Il y a également des interrogations sur l’utilisation des joueurs et leur disponibilité pour leurs clubs employeurs. La question de la moralité et de la marchandisation du football est également évoquée par plusieurs instances et pays ayant réagi à l’annonce.
L’intérêt personnel de Gianni Infantino, qui est candidat à sa réélection et pourrait potentiellement voir ses revenus augmenter en devenant directeur général, est également mis en lumière. Le conflit d’intérêts est jugé majeur, notamment avec la possible implication de Joshua Kushner, cofondateur du fonds d’investissement Thrive Eternal et frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, à la tête du groupe d’investisseurs potentiels. Cette situation rappelle une initiative antérieure d’Infantino concernant une super Ligue mondiale avec des fonds japonais et saoudiens.
Les risques et le rôle de l’Europe
Les risques associés à ce projet sont nombreux, notamment la dénaturation de la compétition, qui pourrait devenir un « pur produit ». Cela pourrait entraîner une augmentation du nombre de matchs, posant des questions sur le statut et la rémunération des joueurs de sélection, ainsi que sur les retombées pour les fédérations et les mécanismes de solidarité. Des inquiétudes sont également exprimées concernant l’avenir de la Coupe du monde féminine et d’autres types de compétitions.
Selon Jean-Baptiste Guégan, l’Europe est un acteur clé dans cette situation, car elle représente le « nerf de la guerre » et du « business » en raison de ses ressources financières et de la présence des meilleurs championnats et joueurs. Il estime que l’UEFA, soutenue par l’Union européenne, a le pouvoir de s’opposer à ce projet.

Le projet de Gianni Infantino est perçu comme une remise en question du modèle du sport à l’européenne, qui a structuré la FIFA et le football tel qu’il est connu.

L’annonce de ce projet a conduit à une levée de boucliers, particulièrement en Europe, où les instances européennes du football ont convoqué une réunion d’urgence pour discuter de la situation.

Source: lequipe.fr