Critiques internes et démissions
Le directeur général de la FIFA et numéro trois de l’organisation, Kevin Lamour, a exprimé de vives critiques à l’encontre du président Gianni Infantino concernant son projet de vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Dans un communiqué transmis à Associated Press, Lamour a qualifié cette initiative de « projet d’une seule personne ».
Il a également déclaré que le personnel de la FIFA avait été « trompé » par le manque de transparence d’Infantino et qu’il méritait « mieux que le mépris et l’intimidation ». Lamour a ajouté qu’il était prêt à perdre son emploi si cela était la conséquence de ses déclarations, affirmant qu’il dormirait « bien cette nuit ».
Ces déclarations surviennent peu après la démission d’un autre conseiller d’Infantino, l’Américain Carlos Cordeiro. Ce dernier a également désavoué le président, indiquant qu’il ne pouvait « pas rester les bras croisés pendant que la FIFA envisage de vendre des parts de la Coupe du monde ».

Le projet de la FIFA et ses oppositions
Le projet controversé de la FIFA prévoit la création d’une société, la Fifa Forward Enterprise (FFE), qui serait chargée de gérer les activités commerciales et événementielles de l’instance, incluant la Coupe du monde et la Coupe du monde des clubs. L’objectif affiché est d’atteindre un financement de 10 milliards de dollars pour le développement du football au cours des quatre prochaines années.
Ce plan a rapidement rencontré une forte opposition, notamment de la part de l’UEFA et de plusieurs fédérations nationales, dont celles d’Angleterre, d’Allemagne et de France. La Concacaf a également exprimé son désaccord. La FIFA a précisé que ce projet ne serait lancé qu’avec le soutien de la majorité des associations membres et l’approbation du Conseil de la FIFA pour les mises à jour réglementaires nécessaires.
Les fédérations ont jusqu’au 19 septembre pour se prononcer sur le projet, selon une lettre envoyée par le président de la FIFA aux 211 fédérations. Ce calendrier serré est également lié aux échéances électorales d’Infantino, qui est candidat à sa réélection en mars 2027.
Implications et voies de recours
Le projet, dévoilé le mardi 28 juillet, prévoit la création d’une filiale commerciale de la FIFA pour gérer ses droits commerciaux et l’organisation opérationnelle de ses tournois, avec une part du capital ouverte à des investisseurs privés. Si le projet n’entraîne pas de modification des statuts de la FIFA, Gianni Infantino ne serait pas obligé de consulter les fédérations.
Toutefois, un congrès avec les 211 associations serait nécessaire pour un vote si le projet modifie les statuts de l’instance, nécessitant alors les trois quarts des votes favorables des associations membres présentes. Les confédérations continentales comme l’UEFA, la Concacaf et l’AFC, qui représentent 136 des 211 membres de la FIFA, se sont déclarées opposées au projet.
Bien que le droit suisse n’interdise pas aux associations à but non économique de créer des filiales commerciales, le code d’éthique de la FIFA réglemente les situations de conflits d’intérêts. L’article 20.1 stipule que les dirigeants doivent s’abstenir d’exercer leurs fonctions dans des situations où un conflit d’intérêts existant ou potentiel pourrait affecter l’exercice de ces fonctions. Maître Alban Bennacer, spécialiste du droit du sport, a observé qu’il y avait matière à interrogation au regard de ce code éthique, notamment si Gianni Infantino devait prendre la direction de cette filiale commerciale après son mandat et en bénéficier par un poste exécutif rémunéré.

Une fédération nationale pourrait potentiellement saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS), bien que la compétence du TAS sur ce type de litige et la recevabilité de l’action seraient sujettes à discussion. L’Union Européenne, bien que positionnée contre le projet, n’a pas de pouvoir d’opposition directe, la gouvernance de la FIFA échappant à sa compétence normative. Le principal levier contre le projet reste la pression collective, médiatique et politique.
Source: lequipe.fr