Le médecin haut-doubien Pierre Jeannier, qui a effectué des centaines de contrôles antidopage au cours de sa carrière pour l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) et la Fédération internationale de biathlon (IBU), a réagi aux récents contrôles nocturnes sur le Tour de France. Il a souligné n’avoir jamais mené de contrôle antidopage durant la nuit en vingt ans d’expérience.
Cette réaction fait suite à l’abandon de Jonas Vingegaard, coureur du Tour de France, qui a été contrôlé en pleine nuit à École-Valentin la veille de sa chute. Des contrôles similaires ont également été imposés à Tadej Pogacar.
Procédures et justifications des contrôles nocturnes
Selon Pierre Jeannier, un contrôle antidopage hors compétition se déroule généralement au domicile de l’athlète. Les agents se présentent à une heure précise, vérifient l’identité de la personne avec son passeport, présentent l’ordre de mission et procèdent aux prélèvements sanguins ou urinaires, ou les deux. Un refus de contrôle est considéré comme un aveu de positivité.
L’International Testing Agency (ITA), l’organisme indépendant en charge du programme antidopage de l’Union cycliste internationale depuis 2021, a justifié les contrôles nocturnes. L’ITA a déclaré que toutes les activités de contrôle sont menées conformément aux stratégies de contrôle de l’ITA, au Code mondial antidopage de l’AMA, au Règlement antidopage de l’UCI et à la législation française, tout en respectant le bien-être des coureurs et l’égalité de traitement.
L’ITA a reconnu que les contrôles nocturnes peuvent perturber le repos et la récupération des coureurs, mais a précisé qu’ils sont parfois nécessaires dans des circonstances limitées et justifiées pour garantir l’efficacité du programme antidopage. Selon L’Équipe, un juge des libertés et de la détention (JLD) du tribunal judiciaire de Paris aurait autorisé ces mesures exceptionnelles.
Le règlement interdit les contrôles entre 23h et 5h du matin, sauf en cas de soupçons graves ou de risque de disparition de preuves. Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar auraient été les seuls à subir ces tests nocturnes sur le Tour de France 2026.

Réactions des coureurs et des organisateurs
Les contrôles nocturnes ont suscité la surprise et l’indignation de certaines stars du peloton. Tadej Pogacar a exprimé son étonnement face à ces contrôles, bien qu’il ait affirmé les accepter si cela est nécessaire pour prouver la probité des athlètes. Il a également mentionné qu’il lui arrivait de se réveiller tôt le matin chez lui pour vérifier qu’aucun contrôleur ne se présentait, en raison de la fréquence des visites.
Jonas Vingegaard, malgré sa chute et sa fracture de la clavicule, a refusé d’accabler l’agence antidopage. Il a déclaré qu’il ne savait pas si le contrôle nocturne était la cause de sa chute et qu’il ne voulait pas l’attribuer à cela, soulignant que les accidents sont inévitables en course.
Christian Prudhomme, le patron du Tour de France, a exprimé sa compréhension de la grogne des coureurs, mais a rappelé que l’ITA est une agence indépendante qui agit selon sa propre volonté et ses besoins. Il a souligné que les organisateurs du Tour se sont battus pendant des années pour avoir une agence indépendante.
La mise à disposition permanente des athlètes aux agences antidopages, qui doivent renseigner leur localisation en permanence via le logiciel Adams, agace parfois certains sportifs. Un coureur de 5 000 mètres, Simon Bédard, a confié se sentir parfois « un peu parano » à cause de cette exigence. Un ancien rameur a également témoigné sur Reddit de contrôles inopinés à domicile ou au travail, même dans des sports moins exposés.
Les athlètes doivent indiquer un créneau de 60 minutes pendant lequel ils sont disponibles pour un contrôle, bien que des tests puissent être organisés en dehors de cette plage horaire. Si l’athlète n’est pas présent en dehors de ce créneau, cela ne compte pas comme un test manqué.
Les contrôles antidopage sont une réalité constante pour les athlètes de haut niveau, comme en témoigne l’expérience de Tadej Pogacar, qui a subi des tests sanguins une heure après la course lors des Strade Bianche et sur ce Tour de France.
Ces contrôles, bien que parfois perçus comme contraignants, sont considérés comme essentiels pour l’honorabilité du sport, notamment dans des disciplines ayant été marquées par des scandales de dopage par le passé.
L’ITA a souligné que les contrôles nocturnes sont effectués dans le respect du bien-être des coureurs et des droits fondamentaux.
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Source: estrepublicain.fr